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Les voisins

Dans notre rue, il y a les voisins d'en face, qui possèdent une petite maison avec un garage aussi gros. La femme quitte très tôt le matin pour aller au travail. En fin de journée à son retour, l'homme est aussi parfois dans la voiture. Il en sort et sort aussi du coffre son vélo de montagne. Ce qui se passe entre les deux est un mystère. C'est-à-dire entre les deux temps, matin et soir. Parce qu'entre les deux individus, on voit bien qu'il se passe de belles choses.

À côté d'eux vit un vieil homme qui nous impressionne beaucoup. Il habite une grande maison de bois blanc à deux étages qu'il a peinturé lui-même l'été dernier, au bout de son échelle. Il a mis des semaines, mais il a tout fait tout seul, ce vieil homme. Seul. Et vieux. Parfois l'hiver, on le voir sortir avec sa pelle pour enlever la neige, doucement. Parfois aussi, une femme «d'un certain âge» lui rend visite en Mercedes.

Plus bas habitent un homme et son fils qui fait du vélo tout l'été au milieu de chaque rue. Il est grand, son vélo aussi. Il est adulte, mais agit comme un enfant perdu. Il parle à tout le monde qui lui sourit, il sourit aussi tout le temps, il n'a pas tant de conversation. Il est gentil. Mais il devrait vraiment arrêter de rouler au milieu de la rue, et d'arrêter aussi, toujours au milieu de la rue.

Nous avons aussi Blanche Neige comme voisine. L'été, elle ne porte pas son nom. Mais dès que le premier flocon tombe du ciel, elle sort rayonnante avec sa pelle pour bien nettoyer son entrée. Elle nettoie aussi celle de certains autres voisins de la rue, même la nôtre parfois. Elle donne un coup de main, comme elle dit «Il faut bien s'entraider». Blanche Neige connait tout le monde et nous envoie toujours la main quand on passe. Sa soeur et son beau-frère font pareil, toujours avec un grand sourire. Ils habitent la même maison, mais ont leur propre appartement. Parce qu'il y a des limites, quand même.

À côté de Blanche Neige et sa famille habite une famille un peu plus jeune, avec un gamin qui a dépassé l'âge de raison, mais pas encore atteint l'âge ingrat, donc il est poli. Avec sa maman, parfois ils nous sourient et nous envoient la main lorsque Karo me conduit au travail et qu'ils attendent ensemble l'autobus scolaire.

Notre voisine de droite possède des connaissances particulières en botanique et deux petits chiens expressifs. Parfois le soir, elle tond le gazon avec l'aide d'une lampe de poche. Elle nous a aussi informées l'été dernier que dans toute notre rue, il y avait une invasion de fourmis et qu'un entrepreneur lui avait confié qu'il pouvait nous faire un prix de groupe, étant donné que tout notre secteur était violemment envahi. Elle nous a même laissé un prospectus à cet effet dans notre boîte aux lettres, en utilisant sa voiture pour venir jusque chez nous, à 10 mètres de distance. Cette voisine-là aussi nous impressionne beaucoup.

Les voisins du côté gauche n'existent pas. Le terrain est à vendre et on aimerait bien qu'il le reste longtemps. On est comme ça, on aime avoir de l'espace à gauche.

Nous avons deux types de voisins-arrière:


  1. Ceux qui sortent presque nus sur leur petit balcon dès le mois d'avril - dès que le soleil sort et même s'il y a encore de la neige - et qui hisse un drapeau des États-Unis dans leur jardins. Une fois par année, en été, ils lèvent le son de leur musique des années '60 (les grands classiques qui ne se démodent jamais et qui demeurent toutefois de mauvais goût), mais ils ferment tout dès 23h00 jusqu'à l'année suivante.
  2. Ceux qui sautent en hurlant dans leur piscine et qui se racontent des histoires de quand ils étaient aux études, l'année passée, et qui écoutent beaucoup de musique forte, néanmoins parfois bonne, mais alors pas assez forte. Ils ont deux chiens qui jappent parfois, alors ces voisins crient après eux, ce qui les encourage les chiens à japper encore plus. Ils sont merveilleux!
Et nous, bien nous sommes les lesbiennes de la rue. Nous sommes le mystère des autres, les curiosités du voisinage, les deux femmes qui n'ont qu'une voiture, mais quatre vélos et qui ont acheté une maison qui n'avait jamais été mise sur le marché. Ça a beaucoup fait jaser, il parait. 

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